Monique

  Bonjour à mes aimables lecteurs que je veux ici remercier pour leurs sympathiques commentaires comme pour leur indulgence. Je vais essayer de n'en point trop abuser en donnant suite à ces vaticinations mémorielles.

   Le décor étant planté, les lecteurs vont pouvoir suivre les acteurs de ce théâtre d'ombres au fur et à mesure de leur entrée en scène. L'année scolaire 1935 s'acheva par la rituelle cérémonie de la distribution des prix. Fut-ce celle particulièrement spectaculaire, organisée dans les salons du Grand Hôtel, et présidée par l'écrivain André Maurois dont les deux fils étaient élèves à Pasteur ? Je me souviens d'Olivier qui m'avait pris en affection et avoir conservé longtemps la petite peluche dont il me fit cadeau. Je n'avais, Dieu merci, pas concouru à la rituelle épreuve du piano, mes performances se limitant encore à une exécution laborieuse de la "Méthode Rose". Enfin vive les vacances, les Grandes : à l'époque elles duraient 3 mois permettant aux petits paysans de participer aux moissons. Ne participant à aucune moisson, surtout de lauriers, c'est des saines joies de la vie de famille que j'allais profiter.

   Je fus donc confié à une jeune et jolie personne, épouse du champion cycliste Antonin Magne, fils des fournisseurs de charbon de l'école, avec laquelle je pris le train (wagons en bois et traction à vapeur !) pour Paris, Gare d'Orsay, où m'attendaient les tendres bras de ma maman !

   Je n'ai aucun souvenir de Monique durant cette période estivale, sans doute était-elle toujours au Préventorium de St Georges Motel, dont il semble qu'elle ne soit sortie que pour me rejoindre à Arcachon au cours de l'année scolaire suivante. Les notes de ma mère ne donnent aucune information à ce sujet. Je dus certainement être beaucoup dispaché dans la famille, d'abord chez mes grands-parents Labour à St Mandé, où Tante Berthe allait me gâter de chocolat et de délicieuses tartines grillées beurrées au lit le matin (autre chose que le porridge de Pasteur) comme de ces bonbons à la menthe dont l'évocation me met encore l'eau à la bouche !

Chamonix 1935 J'ai aussi passé un certain temps à Chamonix,  aux "Cygognes", le chalet des Jean Labour. Tante Yvonne, ma marraine, y veillait sur moi tandis que je batifolais dans l'herbe fraîche de la clairière, face aux aiguilles du massif du Mont Blanc, jouant avec mes grands cousins Yves et Jacques. Ce séjour fut heureusement moins mouvementé que le précédent, durant cet été 34 où nous vécûmes dans l'angoisse des recherches de mon oncle Guy, disparu lors d'une course en montagne. Comme on le sait il fut retrouvé in extremis au bout de six jours, dans une crevasse et en fort mauvais état, mais sauf, contre tout espoir.

  L'été comme les meilleurs choses ayant une fin,  quand sonna l'heure de la rentrée il me fallut réintégrer  l'École Pasteur pour y retrouver,  outre mes petits camarades,  la pratique religieuse assidue et la scolarité quelque peu relâchées les derniers temps.  Mais un évènement majeur allait ensoleiller  l'automne : l'arrivée de ma sœur, Monique,  enfin rescapée du préventorium,  en pleine forme et bronzée,  qui fut accueillie avec enthousiasme par ma petite bande de galopins, les Claude Agnus et consort.

  Monique,  fut d'abord un peu effarouchée par les démonstrations d'intéret  de ces nouveaux compagnons de jeux qu'elle considérait avec inquiétude de ses grands yeux étonnés.  Elle devait sans doute être bien brunie pour avoir d'emblée été surnommée "pruneau" !

  Ma petite sœur fut vite intégrée à ce phalanstère d'enfants gâtés, se pliant, par ailleurs naturellement aux pratiques religieuses de l'établissement. Si l'on y priait avec ferveur et selon le rituel,  c'était sans bigoterie me semble-t-il et Monique  demeura toute son existence fidèle à cette éducation, contrairement à son frère aîné.

  Je vous raconterai  ce que fut notre vie à l'École Pasteur,  jusqu'à la guerre et l'arrivée des troupes Allemandes sur les rives enchantées du Bassin d'Arcachon.

  À bientôt sur nos lignes.

  Captain Clo

 Nota: Les photos en tête de l'article montrent , dans l'ordre, Monique à 2 ans sur le perron du "55" à St Mandé, ensuite au préventorium de St Georges-Motel, enfin dans le jardin de l'École Pasteur.