Bonjour à tous et à toutes qui me retrouvent après une trop longue interruption de ce blog. Mais une nouvelle année était tombée sur mes épaules de vieux solitaire, qui fut encore très occupé par la recherche d'un gite d'où il puisse au moins contempler le ciel et la mer, ces deux éléments toujours indissociables de sa longue existence. Me voilà donc enfin perché dans ce "nid de pie",  au 5e étage d'un immeuble  d'où je peux suivre les mouvements du port d'Arcachon ; ce soir c'est: "Avis de grand frais avec 30/35 nœuds de Suroit, pression 1003 HP en baisse et  coef de marée 104 ",  bref un temps à rester au sec,  à noircir du papier, même (accent circonflexe) virtuel !

C'est pour céder enfin aux pressantes objurgations de ma chère nièce Sophie que je reprend ici ma virtuelle plume pour apporter quelques compléments au récit des événements vécus par mon oncle René Courtois, Tonton, au cours de sa guerre au sein des FNFL, les Forces navales Françaises Libres.

Je veux d'abord saluer et remercier ici un lecteur et commentateur, signant "apere", du précédent article sur Tonton, pour avoir très justement relevé et signalé mon erreur situant en 1965 son départ en retraite. Il fallait lire 1970.

Nous avions quitté René Courtois  évacué du Havre avec son groupe d'élèves officiers  avant l'arrivée des Allemands pour atterrir à Portsmouth où ils furent d'abord "casernés" à bord du vieux cuirassé Courbet, d'abord "saisi" par la Royal Navy avant d'être le berceau des FNFL.

Ce vénérable et valeureux vaisseau servit à la fois de dépôt et de batterie antiaérienne pendant la bataille d'Angleterre, cinq avions allemands furent abattus, mais le cuirassé ne fut jamais atteint par les bombes, (in Historique des Forces Navales Françaises Libres, TOME 2 ). Il acheva glorieusement sa carrière  désarmé et échoué comme brise -lames,  devant la plage d'Hermanville  le 9 juin 1944 .

En juillet 1940 René réarme le patrouilleur Viking comme officier en second. Je cite l'Historique des FNFL, p. 514 :"(Viking) Chalutier de Fécamp, réquisitionné en 1939. Puissamment armé: un canon de 100, quatre 75, deux de 37, deux hispano. Scheernes, mai 1940, saisi RN 3 juillet 1940, réarmé FNFL. Troisième bâtiment FNFL à reprendre la mer. Atlantique Nord, Atlantique Sud, convois AEF, Afrique du Sud réparations, Levant, premier navire FNFL en Méditerranée, Alexandrie, Tobrouk, Inshore Squadron, torpillé et coulé le 16 avril 1942 devant Saîda par le U-81.../...On déplorait sur le Viking: 41 disparus et 24 rescapés ".

“...Il (Tonton) quittera ce bâtiment en train de couler,  une minute après son torpillage à 21 heures sur les côtes du Levant . Il partira à la nage chercher du secours". Fin de citation.

Il avait laissé 16 rescapés sur un radeau, partant à la nage dans la nuit accompagné par un volontaire qui ne put le suivre jusqu'au bout et qui se laissera couler épuisé, sans un mot. Il fut recueilli le lendemain sur une plage, après 8 heures de nage, par des garde-côtes qui manquèrent  lui tirer dessus, avant d'alerter les secours qui récupéreront les survivants. Ceux-ci avaient réussi à échapper au sous-marin nazi quand celui-ci avait fait surface après le torpillage. Pour mémoire on notera que le U-81 sera lui-même coulé le 9 janvier 1944.

D'abord hospitalisé à Beyrouth, où il reçut la visite de la Générale Catroux, une solide ancienne infirmière qui n'hésita pas à lui passer la cuvette dans laquelle il vomit le mazout qu'il n'avait pas encore éliminé.

Rentré par avion en Angleterre après une période de repos, il fut affecté à la 23e flottille  de MTB (Motor Torpedo Boat) où il commanda la MTB 90 d'octobre 1942 à octobre 1945.

Missions des MTB (Op cité) :" Ces unités étaient  destinées principalement à jouer un rôle offensif, c'est-à-dire intercepter et attaquer les convois ennemis passant par la Manche et la mer du Nord."..."Les MTB françaises ont opéré, pour la quasi totalité de leurs activités, en Manche occidentale, d'Ouessant au Cotentin"..."Appareillant en début de soirée, elles entamaient leur patrouille peu après la nuit tombée. Souvent stoppées, à l'affut, ou patrouillant à vitesse réduite sur silencieux, elles attendaient leur proie , prêtes à bondir. Missions souvent infructueuses, mais aussi engagements et actions d'éclat, dérobements à 40 nœuds et toujours retour à la base à l'aube après une longue nuit  sur le qui-vive et sans sommeil...." Fin de citation.

Résultats globaux (Op cité) :" ...résultats remarquables obtenus,...(ce) qui a permis à cette flottille d'être une des plus actives et des plus éfficaces d'Angleterre. La 23e Flottille a effectué 451 sorties en 128 opérations de guerre, a livré 15 combats à l'ennemi; a coulé 5 bâtiments allemands totalisant 7 200 tonnes" .

Les MTB française terminèrent la guerre par des opérations de patrouille depuis Brest en attendant la fin des hostilités surtout consacrées à des représentations  (on put les admirer et les applaudir à Paris près du pont de la Concorde ). Je les ai moi-même vu manœuvrer en rade de Brest durant l'été 45, ce fut leur chant du cygne, ces bâtiments  très fatigués  furent désarmés et rétrocédés à la Royal Navy.

Voici, comme promis , l'évocation des exploits maritimes de Tonton. Il nous était revenu décoré, auréolé de sa gloire mais ne se retrouva pas vraiment dans son élément dans le cadre régulier de la "royale" normalisée qu'il quitta en1950 après divers embarquements dont une campagne en Indochine sur le croiseur Gloire. Il était affecté à l'École des Mousses de Bertaume (!) quand qu'il quitta la Royale. Comme beaucoup d'anciens de la "France Libre" il n'y avait pas trouvé  ses marques.

Il réintegra donc naturellement son "corps d'origine", la Marchande,  après quelques tâtonnements, en trouvant à embarquer comme second puis  "pacha" à la Cie des Chargeurs Réunis. Il quitta ce vieil armement quand celui-ci, comme presque tout l'armement tricolore,  amena ses couleurs pour réinvestir dans la Finance, laissant la place aux pavillons dits de complaisance , ceux qui permettent d'embarquer des équipages plus complaisants sinon plus ...qualifiés. Low coast quoi!

Voilà pour ce soir, j'entend la piaule qui souffle sur ma passerelle, c'est l'heure d'aller boire mon scotch du soir à la mémoire de Tonton.

A bientôt sur nos lignes.

Captain Clo