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 Claude_Arcachon   

Ô combien pieuse en effet fut cette enfance passée sous la férule des dames Boursin et à l'ombre des pins ombrageant le vaste jardin de la Villa Faust. C'est dans cette imposante demeure construite dans un style baroque néo-gothique caractéristique des années 1870/80,  qui s'élevait majestueusement à l'orée de la Ville d'Hiver en face du Casino "Mauresque" aujourd'hui disparu, que les Dames Boursin avaient ouvert l'École Pasteur. Des images judicieusement insérées en marge par Sophie, ma précieuse assistante,  en illustreront l'évocation.

  Cependant que notre mère, repliée chez ses parents, s'était courageusement mise à la sténographie et à la dactylographie pour assurer la subsistance de sa couvée en pratiquant le secrétariat commercial, notre père, suite au fiasco de son entreprise de fabrication de matériels radiophoniques, avait bravement repris la mer d'abord puis ses études de marine marchande ensuite.

  Tandis que ma petite sœur Monique devait être placée au Préventorium St Georges, la Fondation Consuelo-Balsan, dès l'âge de 4 ans pour y soigner un problème osseux affectant ses genoux, j'étais en 1935 confié aux Dames Boursin qui me reçurent comme pensionnaire dans la petite classe de l'École Pasteur, j'avais 5 ans.

   Madeleine Boursin, "Gamé", belle-sœur de Victoire Labour, ma grand-mère paternelle, gérait avec son époux, "Gapè" le frère de cette dernière, l'administration et l'économat de l'institution tandis que ses deux filles Suzanne et Jeannette assuraient la scolarité. Les demoiselles Boursin étant de fait les cousines germaines de notre père et donc nos cousines, il fut convenu compte tenu de la différence d'âge et pour marquer la distance par rapport aux autres élèves de l'école que nous les appellerions "tante" Suzanne et "tante" Jeannette. Le pli en fut ainsi pris que Monique et moi conservâmes plus tard et ce j'usqu'à la fin de leur existence.

   La famille Boursin, originaire d'Aubertans en Haute-Saône, avait, après la grande guerre,  quitté ce rude climat attirée par la réputation dont jouissait alors Arcachon, vanté pour la salubrité de son air associant la forêt landaise au souffle tonique du Bassin. Les parents de Jeannette pensèrent que le climat d'Arcachon conviendrait à celle-ci, d'une santé fragile. Suzanne quant à elle après être entrée au Carmel et sa prise de voile, n'avait pas supporté les rigueurs de la règle et dut être relevée de ses vœux pour revenir à la vie laïque. Je garde le souvenir de Tante Suzanne à cette époque, encore coiffée d'un voile bleu vestige de cet épisode mystique.

Cloclo_pasteur   Suzanne, directrice des études avait imprimé à l'institution un caractère résolument chrétien affirmé sans ambiguïté dans les programmes tel qu'il apparaît sur les prospectus présentant les conditions d'admission, les méthodes pédagogiques, les horaires ainsi que les tarifs pratiqués à l'École Pasteur. J'imagine que notre qualité de proches parents nous valurent de bénéficier de conditions particulières, car les miens n'auraient sans doute pas eu les moyens de nous payer l'internat de cet établissement fréquenté par les rejetons de la meilleure société, Bordelaise en particulier. Ceci explique peut-être aussi une rigueur particulière à l'égard du petit cousin censé sans doute faire preuve d'un comportement exemplaire. Je crains que le digne fils de Jacques le rebelle n'ait très tôt déçu ces attentes.

  Je ne conserve évidemment que des souvenirs imprécis de ces premiers moments de mon existence au pensionnat. Sans vouloir dramatiser, je suppose que le poussin enlevé à sa couveuse dut ressentir une angoisse bien légitime, perdu dans cette immense domaine plein d'ombres et de prescriptions sévères. C'est sous l'aile protectrice de Jeannette, Tante Jeannette, que j'ai trouvé de la douceur maternelle et un abri contre les remontrances peu amènes de Gamé. Celle-ci s'etait tout de suite attachée à faire rentrer dans le rang ce petit parisien bavard et "raisonneur" qui avait sans doute trop tendance à raconter sa vie, avec cet accent "parigot" si vulgaire. Surtout que le marmot avait de la réplique, trop, balançant après une admonestation vexante de Gamé un : "ma Maman elle est jolie, Elle !" sans appel.

  Nous nous retrouverons très prochainement pour la suite de cette chronique enfantine avec l'arrivée de Monique venue me rejoindre à l'École Pasteur l'année suivante.

À bientôt sur nos lignes.

Captain Clo