Ecole Pasteur_cloclo_Maman

  Nous revoilà à Pasteur où, fraîchement débarqué, je cherche mes marques. On commencera par l'entre-sol où se situe l'accès commun aux élèves, le vestiaire et les casiers à chaussures situés au pied de l'escalier de la tour par laquelle on monte aux étages, aux salles de classes et aux dortoirs. À ce niveau se trouve aussi la cuisine, immense, où règne une robuste personne, la cuisinière, sous le contrôle de Gamé, puis la buanderie. Enfin par un sombre couloir on accède à la chaufferie dotée d'un impressionnant calorifère assurant, outre le chauffage de l'établissement, la fourniture de l'eau chaude. Le combustible, charbon, est stocké dans une soute adjacente au pied d'un soupirail. Le même chemin aboutit à une vaste pièce donnant sur le jardin, tout à la fois magasin aux denrées, celui-ci aménagé dans l'ancien ascenseur hydraulique réformé, et salle à manger des élèves. Dans le même couloir, en face de la chaufferie, se trouve une petite chambre ouvrant sur le jardin, contigüe à la buanderie. Y logea longtemps Mlle Marguerite-Marie qui m'enseigna la littérature française. Une aimable personne fort dévote et très liée d'amitié à Tante Suzanne.

  Mais revenons à la descriptions des lieux, sans omettre le pittoresque monte-charge grâce auquel les plats circulaient de la cuisine à l'office au premier étage. C'est justement au premier étage que nous arrivons par l'escalier de la tour. Nous dirons que c'est l'étage noble  avec tout d'abord un "parloir" lourdement décoré, sans doute par les anciens propriétaires, qui ouvre sur un perron desservant le vaste escalier en pierre puis sur de grandes salles. L'une donnant au Sud, côté Allée Faust, une autre au Nord débouchant sur une large passerelle en bois reliant la façade à la colline arborée sur laquelle est adossée la Villa. À l'Ouest et perpendiculairement, une autre salle  faisant office de salle à manger communiquait avec l'office et son fameux monte-charges. Cet étage est véritablement le centre actif de l'École Pasteur : outre les cours, y ont lieu les prières collectives, les fêtes, les remises des prix. Il me revient même y avoir vu des séances de gymnastique "rythmique" dirigées par une dame, une russe nommée Vera dotée d'un accent redoutable au sujet de laquelle circulaient des histoires troublantes concernant son passé dans la garde du Tsar ! Bon, mais quittons pour l'instant cet étage prestigieux pour reprendre l'ascension de la tour dont l'escaier va nous conduire au second où se  trouvent les appartements de M. et Mme Boursin  et de Tante Suzanne. À cet étage, outre la salle de bains et les toilettes on trouve le salon de musique qui sert de bureau à Mlle Boursin et diverses chambres-dortoirs. Poursuivons dans la tour pour arriver au dernier étage. c'est ici que je serai logé, tout d'abord, dans la chambre de Tante Jeannette où me fut installé un petit lit. D'autres pièces encore à ce niveau, dont une salle de classe où je vais beaucoup travaillé. Du dernier étage de l'escalier on accédait enfin par une poivrière au sommet de la tour, plate-forme crénelée d'où la vue plongeait sur la ville d'Hiver !

 

  Toutes ces précisions permettent de comprendre que cette demeure, pour ancienne qu'elle fut, n'en disposait pas moins d'aménagements fort modernes à l'époque. L'explication tient à l'origine de sa construction conçue au XlXe siècle pour une riche famille Anglaise, dont une personne semble-t-il très handicapée requérait ces moyens exceptionnels. Ces circonstances permettaient donc à l'École Pasteur de fonctionner dans la Villa Faust avec des conditions de confort appréciables. D'où les tarifs... appréciables aussi.

  Je raconte tout cela pour vous faire respirer l'atmosphère dans laquelle je me suis retrouvé. De cette première année je ne conserve bien sûr que des souvenirs diffus, des images, des sensations,  des odeurs. On se réveillait de bonne heure, toilette, petit déjeuner (porridge !), prière commune puis classe enfantine, sans doute un jardin d'enfant. J'y ai rencontré celui qui devait m'accompagner toutes ces années et fut mon premier compagnon de jeunesse : Claude Agnus. Nous étions  "les Claudes",  mais j'y reviendrai.

  Cette année fut certainement celle de ma coqueluche, épisode médical assez chaud puisque je me souviens d'avoir été isolé, le temps de cette crise, à la Villa Bougainville, annexe de l'école surtout consacrée aux garçons. Alerte sans doute assez sérieuse aussi pour que ma marraine Yvonne Labour vienne de Paris veiller sur moi jusqu'à mon rétablissement.

Mais il se fait tard et je vais devoir vous quitter maintenant pour tenter de rassembler ce qui subsiste de ces lointains souvenirs  dans les bras de Morphée.

À bientôt sur nos lignes.

Captain Clo