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   René Courtois, mon oncle, Tonton René, ou plus simplement  "Tonton", le tonton solaire, paillard et paternel, dont les éclats de rire tonitruants sont restés célèbres, bref le héros du clan Courtois.  
Seul fils de François et d'Angèle, frère cadet de ma mère Jacqueline, il naquit durant la "Grande Guerre" en 1915 à St Mandé. Capitaine au Long Cours et Capitaine de Frégate (R),  René Courtois est décédé à Cannes le 3 avril 2008, âgé de 92 ans.
   Enfant fragile, il avait été sauvé in extremis par l'initiative audacieuse d'un médecin de campagne qui n'hésitant pas à l'envelopper d'un drap trempé d'eau froide, fit ainsi chuter une fièvre qui l'emportait. Ce début difficile dans la vie ne laissait pas présager l'athlète qu'il allait devenir. La médecine ayant préconisée dans son cas l'air marin et un régime iodé, ses parents déjà amoureux fervents du climat breton, dont la lumière inspirait la palette de son père, se laissèrent vite convaincre d'y faire séjourner le petit René. C'est pour réaliser ce programme thérapeutique que l'enfant  fut confié à un prêtre des Côtes du Nord grand amateur de pêche et de coquillages autant que de bolées de cidre. S'il y prit avec le goût de la mer une santé robuste, fouettée par les embruns, il n'en retira aucune aversion pour les saveurs fortes des rudes remontants que lui administrait le saint homme après l'avoir guidé sur les rives escarpées du littoral breton. Cela n'en fit d'ailleurs pas plus un fervent chrétien !
   Enfin devenu un bel adolescent sportif et heureux de vivre, plus attiré par les filles et le hockey sur glace que par les humanités, il ne s'annonçait pas comme un futur lauréat des grades universitaires. Mon père Jacques avait initié son jeune beau-frère aux mystères de la radio à laquelle il porta un intérêt jamais démenti ce que mon père a peut-être regretté au début de la guerre, lorsque leurs routes s'étant croisées à Douala en 1941, René avait cru amusant de subtiliser à son beau-frère une des précieuses lampes d'émission récupérées par celui-ci. S'en était suivie une forte algarade et un réel ressentiment destiné à durer malgré les liens d'affection et les épreuves partagées.

René


   Finalement, son goût pour la mer et sa faible attirance pour les carrières sédentaires, comme sans doute l'exemple de son beau-frére, le poussèrent vers la marine-marchande plus à sa portée que l'Ecole Navale. Après quelques embarquements  comme "pilotin", voyages initiatiques qui confirmèrent son orientation, il rejoignit l'Ecole d'Hydrographie de Paimpol pour y préparer les brevets de lieutenant puis capitaine au Long Cours. Lieutenant au Long Cours il terminait son service militaire à Toulon quand éclatèrent les hostilités. Il suivait la formation des Élèves Officier de Réserve de la Marine au Havre quand l'offensive allemande contraignit son groupe à se replier en Angleterre. Il y poursuivit tout naturellement le cours des Chefs de Quart sous les couleurs de la France Libre jusqu'à l'obtention de l'épaulette d'Enseigne de Vaisseau de 2ème classe. Il fit toute la guerre dans les FNFL, (Forces Navales Françaises Libres), où, ayant survécu au torpillage du Wiking dont ll était le second, au large de Tobrouk, il termina la guerre comme commandant d'une MTB, (Motor Torpedo Boat), avec laquelle il torpilla 2 navires allemands au cours d'opérations de nuit près des Iles Anglo Normandes. Après divers embarquements dont une campagne en Indochine à bord du croiseur Gloire, il quitta la Marine Nationale en 1949 pour reprendre du service dans la marine marchande où il commanda des navires de la Cie des Chargeurs Réunis jusqu'à sa retraite en 1965.
   Il avait épousé, à Londres en 1940, Odette, une amie fréquentée à Paimpol durant ses études de Marine Marchande, et retrouvée en Angleterre où elle s'était réfugié  avec sa sœur en Juin 40. Ils y eurent une petite fille, Jacqueline née le 21 juillet 1941, dont nous sommes sans nouvelles sinon qu'elle épousa un américain durant les années 60. Ce mariage ne fut pas non plus très heureux, leur vie séparée par les circonstances la guerre (Odette s'était engagée dans les auxiliaires féminines quand sa sœur aînée qui servait dans les Services Spéciaux  du BCRA, l'ancêtre du SDEC, était larguée de nuit sur le sol Français !)  ne favorisait pas vraiment l'apprentissage de la vie de couple à ces jeunes gens confrontés aux aléas de l'expatriation au milieu et sous les bombardements d'un pays en guerre. Nous avons peu connue la petite Jacqueline, qui lors de son arrivée en France en 1945 ne parlait qu'un anglais d'ailleurs  vite oublié.
   Divorcé d'Odette, René épousa, au début des années 60, Suzanne Rousset, fille d'un négociant  viticulteur à St Amour en Beaujolais. Retraité de la "Marchande" il se reconvertit courageusement dans ce nouveau métier bien éloigné de son passé professionnel et, à la mort de son beau-père, reprit les commandes du chai qu'il géra avec autorité jusqu'à l'orée de l'an 2000,  Ils se replièrent alors à Cannes dans un appartement de bord de mer d'où il retrouvait un horizon marin plus conforme à ses goûts.
Il avait été pour moi le soutien et le compagnon de jours difficiles, quand les perspectives de réaliser mes ambitions s'avéraient de plus en plus chimériques pour la famille ,  surtout après un cruel échec au cours d'un difficile stage à Air France. Quand j'ai vu le gouffre sous mes pieds, Tonton en escale opportune, arriva toujours à point pour m'attraper par le cou comme un chaton qui se noie,  m'entraînant dans des ribottes aussi nocturnes que roboratives.
   J'ignore si je lui dois d'avoir été ce que j'ai enfin réussi à être, mais je pense qu'il m'a protégé des tentations mortifères.
Aimé des femmes, à commencer par Angèle sa mère qui l'adorait avec d'autant plus de ferveur qu'elle avait cru le perdre, ainsi que par ses deux sœurs (ma mère ne pouvait l'évoquer sans ajouter un : " mon frère est bel homme"  peu gratifiant pour les autres mâles du clan). Il adorait ses nièces à commencer par Monique ma sœur ainsi que ma chère Line qui le lui rendait bien quoique critique vis à vis de ses raisonnements souvent sommaires et "réacs". Il avait les défauts de ses qualités et réciproquement,  tout cela avec l'excès qui le caractérisait. Il aura bien vécu en aidant les autres à vivre, ce qui n'est déjà pas si mal au bout du compte